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Marc-Antoine Trottier

Marc-Antoine Trottier

Ville où résidait la victime : Lac-Mégantic, Québec
Âge de la victime au moment de la collision : 5
Date de la collision : 28/10/2003

Je suis chez un ami, lorsque le téléphone sonne. L’appel est pour moi. Au bout du fil, ma marraine me dit qu’elle s’en vient me chercher. «Quelqu’un a eu un accident Émilie. Tu dois te rendre à l’hôpital». Un mélange d’inquiétude et de peur m’envahit. De qui s’agit-il? Mon père? Un de mes frères?Je monte dans sa voiture. «C’est Marc-Antoine» me dit-elle. «Il s’est fait frapper par une auto et a été transféré au CHUS. Ton père et tes frères ne sont pas encore arrivés à Sherbrooke.»Mes pensées s’embrouillent. C’est comme si ma tante m’avait annoncé la chose, dans une langue que je ne comprends pas. Marc-Antoine, c’est mon petit frère. Et demain, il tient un rôle important dans une petite pièce de théâtre. Il ne peut pas être à l’hôpital.Arrivés à l’hôpital, on nous indique que Marc-Antoine se trouve au 5ème étage. «Au fond du corridor de la pédiatrie, il y a l’unité de soins intensifs.» D’un pas affolé, j’entame la marche pour me rendre à son chevet. En chemin, on croise un petit patient couché sur une civière. Plusieurs membres du personnel médical l’accompagnent et semblent le conduire à l’endroit où je me dirige. Malgré cette destination commune, je me dis qu’il ne peut s’agir de mon frère. Je l’aurais reconnu.Une femme médecin vient à notre rencontre. «Marc-Antoine est allé passer un scan et nous venons de le ramener à son lit.» Mon cœur s’emballe. Mes oreilles bourdonnent. C’était donc lui sur cette civière? «Du sang s’est accumulé dans sa tête, à des endroits où il ne devrait pas y en avoir. Ça causé une très forte pression sur son cerveau.» Mon coeur s’emballe davantage. Puis, en regardant sa montre, elle ajoute «je ne sais pas s’il vivra jusqu’à minuit.» Mes jambes lâchent. Je m’affaisse brièvement au sol. Je ne me souviens plus comment respirer.Je me ressaisis et me rends à ses côtés. Il est là. C’est bien lui. Je reconnais ses petites mains, ses jambes plus longues que chez la moyenne des enfants de 5 ans. À travers les blessures qu’il a au visage et l’enflure qui double pratiquement le volume de sa tête, je reconnais ses traits. Son petit grain de beauté et ses longs cils qui arborent le contour de ses paupières fermées et beaucoup trop enflées. J’ai mal. Un mal indescriptible. Je voudrais prendre sa place.Au milieu de tous ces moniteurs, ces solutés, cet équipement médical, il y a mon petit frère. Inconscient. J’inspire et expire profondément pour ne pas laisser les larmes envahir mes yeux. Il a besoin que sa grande sœur soit forte. Je lui tiens la main et je lui parle tout bas. «Coine, je suis là, ça va aller maintenant. Tu vas t’en sortir ok?»Mon père et mes deux autres frères arrivent à l’hôpital. Aussi dévastés que moi. Mais également traumatisés d’avoir été témoins de la scène qui a mené Marc-Antoine ici.C’était après souper. Ils étaient allés prendre une marche dans le quartier. Ils se trouvaient devant l’école primaire où Marc-Antoine avait commencé la maternelle, quelques semaines plus tôt.Un conducteur en état d’ébriété a omis de faire un arrêt et a happé Marc-Antoine. Il l’a projeté au sol et a continué sa route en lui roulant sur la tête, au passage. C’est d’ailleurs parce qu’il a « pogné une bosse » qu’il est sorti de son véhicule pour voir ce qui venait de se passer. Pour ce multirécidiviste de l’alcool au volant, y’avait pas de problème, c’était « juste un accident ».Le 30 octobre au matin, Marc-Antoine est décédé. Son cerveau ne pouvait plus lui commander de respirer. Ce même cerveau qui, à peine quelques heures auparavant était en parfaite santé, avait été brisé par la roue d’une mini-fourgonnette, conduite par un alcoolique.Le 30 octobre au matin, on a dû se résoudre à débrancher son petit corps qui, quelques heures auparavant, débordait d’énergie, de projets et de rêves. Et dire adieu à sa voix et son regard. Adieu à son rire et ses sourires. Dire Adieu à ses câlins.Marc-Antoine s’est éteint à l’étage où notre mère lui avait donné la vie, 5 ans plus tôt. Dans un corridor différent. Notre petite maman d’amour, qui, 5 ans plus tôt, avait quitté l’hôpital avec son petit Marc-Antoine dans les bras, a dû se résoudre, ce jour-là, à partir en le laissant derrière elle, pour toujours.Aujourd’hui, ça fait presque 19 ans que Marc-Antoine s’est fait frapper. Plus de 200 mois. Pis c’est pas moins triste parce que le temps a passé. Sa mort nous a laissé une plaie qui ne cicatrisera jamais totalement. Même avec le meilleur onguent. Une plaie qui fait encore mal. On ne respirera plus jamais de la même manière.Marc-Antoine, nous aurions tant voulu découvrir et connaître le jeune homme que tu serais devenu.Déjà enfant, tu avais une personnalité flamboyante! Il n’y a nul doute que tu serais devenu quelqu’un d’extraordinaire, mon petit frère.Il m’arrive de réfléchir à ce que tu aurais fait, dans la vie. Quel genre de musique t’aurais aimé? Ça aurait été quoi ton premier char? Ta première job? Je t’imagine devenir tatoueur, comme ton frère Oli. Ou perceur, comme ton frère Jean-Mi. Je t’imagine encore là, parce que je le voudrais dont!Tu nous manques. Dans l’équation de nos vies, y’aura toujours une place pour toi.Ta famille qui t’aime « beaucoup mon amour, pour toujours »!

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