Le 17 octobre, la consommation récréative de cannabis a été légalisée au Canada. La légalisation entraîne nécessairement la mise en place de nouvelles lois et de nouvelles sanctions relatives à la conduite avec les facultés affaiblies par le cannabis (et d’autres drogues), de nouvelles mesures de dépistage et d’analyse permettant d’identifier les conducteurs aux facultés affaiblies et d’une nouvelle vague d’initiatives d’éducation et de sensibilisation axées sur les dangers et les conséquences de la drogue au volant.

Dans cette section, MADD Canada répond à quelques-unes des principales questions qui nous ont été posées au sujet de la légalisation du cannabis et de la conduite sous l’influence de cette drogue.

Qu’est-ce que le cannabis ?

Le cannabis est une drogue qui peut être utilisée à des fins récréatives et des fins médicales. Le cannabis provient de la plante cannabis sativa qui contient des substances chimiques nommées cannabinoïdes. Ces dernières affectent certains récepteurs cellulaires du cerveau et du corps ainsi que le comportement de ces cellules et la communication entre elles.

Le cannabinoïde le plus connu est le tétrahydrocannabinol (THC). C’est cette substance qui produit les effets euphoriques et intoxicants du cannabis. La puissance du THC ou sa teneur peuvent varier ce qui influe directement sur ses effets. Il est à noter que la puissance en THC a augmenté au fil des années.

Un autre cannabinoïde bien connu est le cannabidiol (CBD). Le CBD ne produit pas d’effets euphoriques ou intoxicants. Il est souvent utilisé à des fins thérapeutiques. Certaines données indiquent que le CBD pourrait bloquer ou réduire quelques-uns des effets du THC sur l’esprit.

Le cannabis prend différentes formes et peut être consommé de diverses façons. Il est à noter que toutes les formes de cannabis ne seront pas autorisées pour la vente en vertu de la Loi sur le cannabis. Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter :

Quels sont les effets du cannabis ?

Le THC (tétrahydrocannabinol), soit le principal ingrédient actif du cannabis, agit sur certaines cibles bien précises de l’organisme (c’est-à-dire les récepteurs cannabinoïdes) et, bien que ceux-ci se retrouvent dans la plupart des tissus et organes du corps, c’est surtout au niveau du cerveau et du système nerveux qu’ils sont particulièrement concentrés. Les récepteurs cannabinoïdes agissent sur la régulation de nombreuses fonctions biologiques. Par exemple : l’activité du cerveau et du système nerveux ; le rythme cardiaque et la tension artérielle ; la digestion ; l’inflammation ; le système immunitaire ; la perception de la douleur ; la reproduction ; le cycle sommeil-éveil ; le stress et l’état émotionnel.

  • Les effets à court terme peuvent comprendre :
    une sensation d’euphorie (« high ») ;
  • la détente ;
  • des expériences sensorielles accrues (vision, goût, odorat, ouïe).

Bien que le cannabis puisse produire des sensations de détente et de plaisir, le corps et le cerveau peuvent également subir des effets néfastes ou désagréables comme la confusion et la somnolence, ainsi que des pertes au niveau de la mémoire, de la concentration et de la capacité de réagir rapidement. Il peut également générer de l’anxiété ou une sensation de panique.

Le cannabis peut avoir des effets à court et à long terme sur l’esprit et le corps. Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter :

Le cannabis affecte-t-il les aptitudes de conduite ?

De nombreuses drogues portent atteinte aux aptitudes de conduite. Les effets varient selon le type de drogue et peuvent comprendre, entre autres, des pertes au niveau de la vigilance, de la perception de la profondeur, de la concentration et des capacités d’attention, ainsi qu’un ralentissement du temps de réaction et une détérioration des habiletés motrices et des fonctions visuelles.

Plusieurs croient que la conduite sous l’emprise du cannabis est sans risque et que les personnes qui conduisent après avoir consommé sont plus prudentes et conduisent plus lentement. Toutefois, les études confirment que le cannabis porte atteinte aux aptitudes de conduite, entraînant notamment des pertes au niveau de l’attention et de la concentration, un ralentissement du temps de réaction et une perception altérée du temps et des distances.

Les études sur la conduite (lors de simulations et sur la route) indiquent que la consommation de cannabis entraîne une variabilité accrue de la trajectoire (incapacité de rester dans sa voie), de la distance entre les véhicules et de la vitesse. Le cannabis affecte également la capacité des conducteurs à réagir aux imprévus (comme un piéton qui traverse soudainement la rue).

(Source: Clearing the Smoke on Cannabis Cannabis Use and Driving – An Update. Canadian Centre on Substance Use and Addiction. Douglas J. Beirness, Ph.D., Senior Research Associate, CCSA, Amy J. Porath, Ph.D., Director, Research and Policy, CCSA.)

Par ailleurs, le mélange de cannabis et d’alcool multiplie considérablement l’atteinte aux aptitudes de conduite. Selon une étude récente comparant les données d’enquêtes routières aux données post mortem sur les conducteurs mortellement blessés de la Colombie-Britannique, la consommation de cannabis à elle seule multiplie par 5 le risque de collision mortelle et la combinaison d’alcool et de cannabis le multiplie 40 fois.

(Source : D. Beirness et E. Beasley et P. Boase, « A comparison of drug use by fatally-injured drivers and drivers at risk », dans Proceedings of the 20th International Conference on Alcohol, Drugs and Traffic Safety T2013 [Brisbane : The International Council on Alcohol, Drugs and Traffic Safety, 2013], page 4.)

Pour de plus amples renseignements :

À quel point est-il dangereux de conduire après avoir consommé du cannabis ?

Le risque relatif de collision associé à la consommation de cannabis varie selon les estimations. Bien que des études supplémentaires s’imposent dans ce domaine, les études et les enquêtes menées depuis plusieurs années indiquent que la consommation de cannabis entraîne un risque accru de collision.

  • Selon une analyse menée en 2012, une forte consommation de cannabis double le risque d’une collision causant la mort ou des blessures graves. (Source: M. Asbridge, J. Hayden et J. Cartwright, « Acute cannabis consumption and motor vehicle collision risk: A systematic review of observational studies and meta-analysis” [2012] 344 British Medical Journal e536.)
  • Une deuxième analyse menée en 2012, indique que la consommation de cannabis fait plus que doubler le risque de collision et que ce risque augmente en fonction de la quantité consommée et de la fréquence de consommation. (Source : M. Li et coll., « Marijuana Use and Motor Vehicle Crashes » [2012] 34 Epidemiologic Reviews 65, page 69.)
  • Selon une étude récente comparant les données d’enquêtes routières aux données post mortem sur les conducteurs mortellement blessés de la Colombie-Britannique, la consommation de cannabis à elle seule multiplie par 5 le risque de collision mortelle et la combinaison d’alcool et de cannabis le multiplie 40 fois. (Source : D. Beirness et E. Beasley et P. Boase, « A comparison of drug use by fatally-injured drivers and drivers at risk », dans Proceedings of the 20th International Conference on Alcohol, Drugs and Traffic Safety T2013 [Brisbane : The International Council on Alcohol, Drugs and Traffic Safety, 2013], page 4.)

Les études estimant le nombre de décès de la route attribuables au cannabis sont troublantes.

Le taux de conduite avec les facultés affaiblies par le cannabis augmente depuis plusieurs années sous l’effet de l’augmentation des taux de consommation à des fins médicales et récréatives. L’expérience du Colorado et de Washington suite à la légalisation du cannabis laisse également supposer un risque accru de collision.

  • Le pourcentage de conducteurs positifs au dépistage de THC impliqués dans des collisions mortelles au Colorado était à la baisse, mais, suite à la légalisation, celui-ci augmenté, et cette hausse était plus élevée que ce qui a été noté dans les États n’ayant pas légalisé le cannabis. (Source : S. Salomonsen-Sautel et coll., « Trends in fatal motor vehicle crashes before and after marijuana commercialization in Colorado” [2014] 140 Drug and Alcohol Dependence 137, page 140. Les auteurs ont également indiqué qu’ils n’ont constaté aucune différence marquée au niveau du pourcentage de conducteurs positifs au dépistage d’alcool impliqués dans des collisions mortelles au Colorado et dans les États n’autorisant pas la marijuana médicale.)
  • Du côté de l’État de Washington, une étude estime que le pourcentage de conducteurs positifs au dépistage de THC impliqués dans des collisions mortelles aurait doublé dans l’année après la légalisation de la consommation récréative de cannabis. (Source : B. Tefft, L. Arnold et J. Grabowski, « Prevalence of Marijuana Involvement in Fatal Crashes: Washington », 2010-2014 [Washington, DC: AAA Foundation for Traffic Safety, 2016], page 1.)

Les chercheurs précisent, et MADD Canada le reconnait, que la présence de cannabis dans l’organisme d’un conducteur ne signifie pas nécessairement que ses facultés sont affaiblies. Toutefois, les enquêtes menées au bord de la route font état de taux de cannabis suffisamment élevés pour porter atteinte aux aptitudes de conduite. Par exemple, une étude de dépistage menée au bord de la route en Colombie-Britannique en 2010 indique que le taux de THC dans l’organisme de la majorité des conducteurs affichant un résultat positif au dépistage de cannabis était supérieur à 40 ng/ml. Les auteurs notaient en outre que les résultats d’analyse donnaient à croire que les conducteurs avaient consommé du cannabis juste avant de conduire ou qu’ils en consommaient en conduisant ; ils ont conclu que les taux de THC dans l’organisme de la vaste majorité des conducteurs ayant un résultat positif au dépistage portaient atteinte à leur capacité de conduire prudemment.

(Source : D. Beirness & E. Beasley, Alcohol and Drug Use Among Drivers: British Columbia Roadside Survey 2010 [Ottawa : Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies, 2011], pages 12 et 13 Le Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies estime que le coût annuel des collisions liées au cannabis au Canada serait de l’ordre de 658 millions de dollars.

La consommation de cannabis est-elle courante chez les conducteurs ?

Les recherches statistiques de MADD Canada font état de la prévalence croissante de la conduite après la consommation de drogue. Le nombre de décès liés à la consommation de drogue seulement est le double du nombre de décès liés à la consommation d’alcool seulement. Dans près de la moitié des collisions mortelles avec un résultat positif au test de dépistage de drogues, la substance la plus souvent dépistée était le cannabis. L’on estime que les collisions de la route ont fait 2 297 morts en 2014. Selon les tests de dépistage effectués sur les conducteurs mortellement blessés, MADD Canada estime que 1 273 (55,4 %) de ces décès sont survenus dans des collisions impliquant une personne affichant un résultat positif à un test de dépistage confirmant la présence d’alcool, de drogue ou des deux.

  • 299 de ces décès (13 %) sont survenus dans des collisions impliquant un conducteur affichant un résultat positif uniquement au dépistage d’alcool.
  • 618 de ces décès (26,9 %) sont survenus dans des collisions impliquant un conducteur affichant un résultat positif uniquement au dépistage de drogue.
  • 356 de ces décès (15,5 %) sont survenus dans des collisions impliquant un conducteur affichant un résultat positif au dépistage d’alcool et au dépistage de drogue.

Il est important de souligner que ces statistiques confirment uniquement la présence d’alcool ou de drogues dans l’organisme du conducteur et non l’affaiblissement de ses capacités au sens de la loi. Bien que les recherches indiquent que les facultés de la plupart des conducteurs ayant un résultat positif au test de dépistage d’alcool étaient probablement affaiblies ou très affaiblies, il y a très peu de données comparables pour les conducteurs ayant un résultat positif au dépistage de drogue. Il convient de noter toutefois que les tests de dépistage de drogue sont conçus pour détecter la consommation récente de substances psychoactives qui portent atteinte aux aptitudes de conduite et non les métabolites qui indiquent uniquement que la personne aurait consommé de la drogue à un moment donné dans le passé. Les études et les sondages récents confirment la prévalence de la consommation de drogue chez les conducteurs.

  • Lors de la plus récente Enquête nationale sur le cannabis (2e trimestre de 2018) de Statistique Canada, un consommateur de cannabis sur sept (14 %) a déclaré avoir conduit au moins une fois dans les deux heures après avoir consommé du cannabis au cours des trois derniers mois et un Canadien sur vingt (5 %) a déclaré avoir été passager dans un véhicule conduit par une personne ayant consommé du cannabis dans les deux heures précédentes.
  • Selon une en quête menée au bord de la route par la Société d’assurance publique du Manitoba, 10 % des conducteurs interpellés ont affiché un résultat positif au dépistage de drogue (plus de la moitié de ces derniers étaient positifs pour le cannabis), comparativement à 2,4 % des conducteurs ayant un résultat positif au dépistage d’alcool.
  • Selon une étude sur les jeunes de la Colombie-Britannique, plus des trois quarts de ceux qui consomment régulièrement de la marijuana ont indiqué qu’ils ont déjà pris place à bord d’un véhicule opéré par une personne (y compris eux-mêmes) qui avait consommé de la marijuana ou une autre drogue.

Quels sont les signes de l’affaiblissement des facultés par le cannabis ?

L’intoxication au cannabis peut présenter des signes physiques et comportementaux.

Signes physiques :

  • Rougeur des yeux, larmoiement, yeux vitreux
  • Odeur
  • Bouche sèche ou dépression respiratoire légère
  • Rythme cardiaque rapide

Signes comportementaux :

  • Ralentissement du temps de réaction
  • Paranoïa
  • Regard vague
  • Manque de coordination
  • Altération du jugement

Une personne sous l’influence du cannabis peut présenter un mélange de signes physiques et comportementaux d’intoxication.

Combien de temps une personne devrait-elle attendre avant de conduire lorsqu’elle a consommé du cannabis ?

Il est presque impossible de préciser avec certitude combien de temps une personne devrait attendre avant de conduire après avoir consommé du cannabis. Chaque consommateur est différent et de nombreux facteurs affectent le taux de dissipation des effets, par exemple la puissance du cannabis et la quantité consommée.
Les experts suggèrent un minimum de quatre heures d’attente entre la consommation et la conduite. Il est important de comprendre qu’il s’agit du minimum et que de nombreux facteurs peuvent faire en sorte qu’il soit nécessaire d’attendre encore plus longtemps. Par exemple, une personne qui n’a pas l’habitude d’en consommer devrait attendre plus longtemps, tout comme une personne qui en consomme beaucoup devrait attendre plus longtemps. Et, bien entendu, toute personne qui consomme du cannabis avec d’autres drogues ou de l’alcool devrait attendre plus longtemps. Nous ne saurions insister suffisamment sur le fait que de nombreux facteurs entrent en ligne de compte. Si vous ne vous sentez pas bien, ou si vous ne vous sentez pas sobre, ne conduisez pas.

L’option la plus sécuritaire est tout simplement de séparer la consommation de cannabis de la conduite automobile. La recommandation de MADD Canada concernant le cannabis est identique à sa recommandation concernant l’alcool — si vous savez que vous allez consommer, ne conduisez pas. Organisez-vous avant votre sortie pour avoir un moyen sobre de rentrer à la maison — faites appel à Uber ou un taxi, choisissez un conducteur désigné qui demeurera sobre ou utilisez le transport collectif. La conduite avec facultés affaiblies — que ce soit par le cannabis, l’alcool ou une autre drogue — ne vaut tout simplement pas le risque.

Quelles sont les nouvelles lois et sanctions relatives à la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue ?

Par suite de l’adoption du projet de loi C-46 en juin 2018, de nouvelles lois et sanctions fédérales relatives à la conduite avec les facultés affaiblies par le cannabis et d’autres drogues sont entrées en vigueur.

Trois nouvelles infractions ont été inscrites au Code criminel du Canada :

  • Conduite avec 2 nanogrammes (ng) ou plus, mais moins de 5 ng de THC, par millilitre (ml) de sang.
  • Conduite avec 5 ng ou plus de THC par ml de sang.
  • Conduite avec une combinaison de 50 milligrammes (mg) d’alcool par 100 ml de sang et de 2,5 ng ou plus de THC par ml de sang.

Outre le THC, ces infractions s’appliquent à toutes les concentrations décelables d’autres drogues affaiblissant les facultés, y compris la cocaïne, la méthamphétamine, le LSD, la kétamine et autres.

Peines fédérales pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue

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Source : Dispositions législatives concernant la conduite avec capacités affaiblies (ministère de la Justice, gouvernement du Canada)

Lois provinciales et territoriales relatives à la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue

Selon les termes de la Constitution canadienne, les routes et la délivrance de permis de conduire relèvent de la compétence des provinces et des territoires, ce qui signifie que ces derniers ont le pouvoir d’édicter des lois et des sanctions en complément aux lois fédérales. Par exemple, la plupart des provinces imposent des suspensions de permis administratives aux conducteurs affichant un taux d’alcoolémie entre 0,05 % et 0,08 %, ainsi que la tolérance zéro en matière d’alcool jusqu’à l’âge de 21 ou 22 ans.

En prévision de la légalisation du cannabis, la plupart des provinces et des territoires ont procédé à la mise à jour de leurs lois et sanctions afin d’y inclure des mesures particulières pour traiter les cas de conduite avec les facultés affaiblies par la drogue : tolérance zéro en matière de drogue dans l’organisme des conducteurs novices et des chauffeurs commerciaux, suspension administrative immédiate du permis de tout conducteur qui échoue à un test de dépistage de drogue, imposition de l’obligation de participer à un programme de réhabilitation à toute personne reconnue coupable d’une infraction de conduite avec les facultés affaiblies par la drogue, etc.
Les provinces et les territoires ont également établi leur propre réglementation relative à la vente de cannabis (endroit et système de vente), l’âge légal pour en acheter, les limites d’achat, la consommation dans les lieux publics, etc.

Pour connaître la réglementation en vigueur dans votre région, nous vous recommandons de consulter le site Web du gouvernement de votre province ou territoire.

De quelle manière la police peut-elle dépister les conducteurs ayant consommé du cannabis ?

Si un agent de police a un doute raisonnable concernant la présence de drogue dans l’organisme d’un conducteur, il peut exiger une épreuve de coordination de mouvements ou un échantillon de liquide buccal en bordure de la route à des fins d’analyse (le projet de loi C-46 autorise la police à utiliser les appareils de dépistage de drogue par voie orale). Si le conducteur échoue au test, l’agent peut exiger que le conducteur se soumette à une évaluation de reconnaissance des drogues par un agent spécialement formé ou qu’il se soumette à un prélèvement de sang à des fins d’analyse.

Comme les tests de dépistage d’alcool, le premier test effectué au bord de la route (épreuve de coordination de mouvements ou analyse de liquide buccal) ne peut être utilisé à des fins de preuve ni comme fondement pour porter des accusations criminelles. Néanmoins, l’échec au test initial établit les motifs nécessaires pour exiger un deuxième test plus sophistiqué. Un échec à cette deuxième analyse établit les fondements d’une accusation de conduite avec facultés affaiblies relevant du Code criminel.

J’ai entendu dire que des traces de cannabis peuvent rester longtemps dans l’organisme, même après la disparition des effets affaiblissants. Est-ce que cela veut dire que je pourrais échouer au test des heures ou même des jours après la consommation ?

Il est vrai que des traces de cannabis peuvent demeurer un certain temps dans l’organisme. Bien que les effets du THC, quoique diminués, puissent perdurer après la consommation, les appareils de dépistage utilisés au bord de la route sont calibrés pour un seuil de 25 nanogrammes, ce qui est considérablement supérieur à la limite de concentration légale pour la conduite. Ainsi, seuls les conducteurs dont l’analyse du liquide buccal indique une concentration plus forte que 25 nanogrammes par millilitre échoueraient au test. Il s’agit là d’un niveau indiquant une consommation très récente ou un degré élevé d’affaiblissement des capacités. Le fait de fixer un seuil élevé améliore énormément la précision de l’instrument, ce qui, à son tour, permet de réduire le nombre de résultats faux-positifs et d’assurer que seuls les conducteurs qui viennent de consommer ou dont les facultés sont très affaiblies échouent au test. Le test par analyse de liquide buccal ne sert que de dépistage préliminaire et les résultats ne peuvent être utilisés à des fins de preuve dans le cadre d’une instance pénale ; les conducteurs qui échouent à ce test sont tenus de se soumettre à un deuxième test dont les résultats peuvent être utilisés en preuve.

Par ailleurs, il convient de noter que les agents de police doivent avoir des motifs raisonnables de soupçonner la présence de drogue dans l’organisme d’un conducteur avant de pouvoir l’obliger à se soumettre à un test de dépistage par analyse de liquide buccal.

Cela demeure toutefois problématique pour les personnes qui consomment du cannabis à des fins médicales et dont les niveaux de cannabis dans l’organisme pourraient être plus élevés que ceux d’une personne qui en consomme à des fins récréatives. La recommandation de MADD Canada pour ces personnes est la même que sa recommandation pour les personnes qui prennent des médicaments d’ordonnance pouvant affecter les aptitudes de conduite : consulter toujours le médecin prescripteur et suivez ses conseils, celui-ci étant en mesure de vous dire si vous pouvez conduire de manière sécuritaire lorsque vous consommez et, le cas échéant, à quel moment vous pouvez le faire.

Portrait de la consommation du cannabis et du cannabis au volant au Canada

La plus récente Enquête nationale sur le cannabis de Statistique Canada examine les taux de consommation des Canadiens, ainsi que les taux de conduite après la consommation de cannabis et d’être passager dans un véhicule dont le conducteur a récemment consommé du cannabis.

  • Environ 4,6 millions de Canadiens âgés de 15 ans ou plus (16 %) ont déclaré avoir consommé du cannabis au cours des trois mois précédent l’étude. Le taux de consommation de cannabis au cours des trois derniers mois chez les hommes est légèrement supérieur à celui des femmes (19 % par rapport à 12 %).
  • Un consommateur de cannabis sur sept (14 %) a déclaré avoir conduit au moins une fois dans les deux heures après avoir consommé du cannabis au cours des trois derniers mois. Les hommes sont presque deux fois plus susceptibles que les femmes de conduire après avoir consommé du cannabis.
  • Un Canadien sur vingt (5 %) a déclaré avoir été passager dans un véhicule conduit par une personne ayant consommé du cannabis dans les deux heures précédentes. Les personnes âgées de 15 à 24 ans sont plus de deux fois plus susceptibles que les personnes âgées de plus de 25 ans d’être passagers dans des véhicules conduits par des personnes aux facultés potentiellement affaiblies.
  • Les personnes qui consomment actuellement du cannabis sont plus susceptibles de conduire après en avoir consommé ou de prendre place à bord d’un véhicule conduit par une personne en ayant consommé. 25 % des consommateurs de cannabis actuels ont déclaré être montés dans un véhicule dont le conducteur avait récemment consommé du cannabis, comparativement à 2 % des non-consommateurs de cannabis. La conduite dans les deux heures suivant la consommation de cannabis était plus de quatre fois plus courante (27 %) chez les conducteurs ayant déclaré consommer du cannabis tous les jours ou presque tous les jours qu’elle l’était chez les consommateurs moins fréquents (6 %).

Que fait MADD Canada pour sensibiliser les Canadiens aux dangers de la conduite sous l’effet de la drogue?

Malgré la mise en place de nouvelles lois pour sévir contre la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue, il reste énormément de travail à faire. Les groupes de santé publique et de recherche étudient différentes questions liées à la consommation de cannabis et la conduite avec les facultés affaiblies par le cannabis, comprenant notamment une étude exhaustive publiée par le Centre de toxicomanie et de santé mentale sur l’incidence du cannabis sur les aptitudes de conduite. Les organismes communautaires et de sécurité routière organisent des campagnes et des programmes visant à éduquer la population sur la consommation sécuritaire de cannabis et les dangers de la conduite sous l’influence du cannabis.

MADD Canada est fier de faire sa part pour relever ce défi. Nous avons pris un nombre de moyens pour renseigner et éduquer le public au sujet des nouvelles lois, des effets connus du cannabis sur la capacité de conduire et de l’importance de ne jamais conduire avec les facultés affaiblies, notons à ce titre les informations présentées par l’entremise de notre programme scolaire, de nouveaux messages d’intérêt public (télévision, radio et en ligne), de nouveaux contenus en ligne, des vidéos, etc.

Nous travaillons également en étroite collaboration avec les provinces et les territoires pour faire connaître et recommander les lois et les politiques les plus efficaces pour réduire la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue, ainsi que les meilleures pratiques pour la vente responsable de cannabis au détail afin de minimiser les risques pour la sécurité publique, comprenant notamment la conduite avec facultés affaiblies.

Nous sommes fiers également de faire équipe avec nos commanditaires pour mener de vastes campagnes de sensibilisation visant à communiquer avec la population et la renseigner sur la consommation sécuritaire de cannabis récréatif ainsi que la prévention de la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue.

Voici un survol de quelques-uns de nos partenariats et de quelques-unes de nos activités récentes :

  • Don’t Drive High Campaign (campagne “Ne conduisez pas gelé”) de Tweed, Uber et MADD Canada met l’accent sur l’usage responsable du cannabis et sur les options de transport sécuritaires lorsque les individus décident de consommer du cannabis. La campagne inclue une liste très créative de 101 choses à faire au lieu de conduire sous l’effet de la drogue ainsi que 40 000 coupons de 5 $ d’Uber pour distribution dans la communauté.
  • Gamme de messages d’intérêt public télédiffusés et radiodiffusés portant sur les risques et les conséquences de la conduite sous l’influence du cannabis, de l’alcool ou d’autres drogues.
  • Le Programme scolaire de MADD Canada et son projet SmartWheels renseignent les jeunes du primaire et du premier et deuxième cycle du secondaire au sujet de l’alcool, de la drogue et de la conduite. Nous avons également conclu un partenariat avec SpringBoard pour la diffusion du programme ⦁ Pot au volant : c’pas trippant auprès des jeunes du secondaire.
  • Ne conduis pas gelé — Un programme d’éducation et de sensibilisation mené avec Sécurité publique Canada.
  • Partenariat avec Lift & Co pour la fourniture de renseignements complets et de ressource pour le programme de formation à l’intention du personnel de la vente au détail du cannabis.

Est-ce que MADD Canada accepte des fonds de producteurs ou de détaillants de cannabis ?

MADD Canada a des ententes de partenariats avec deux producteurs (Canopy Growth et Lift & Co). Ces partenariats nous aident à donner suite au besoin criant d’éduquer les Canadiens au sujet des effets du cannabis sur les aptitudes de conduite et des risques de la conduite avec les facultés affaiblies par le cannabis. Cette collaboration avec nos partenaires nous a permis d’apporter des améliorations considérables aux efforts de sensibilisation et d’éducation et d’en élargir la portée. En fin de compte, cela se traduira par une réduction du nombre de Canadiens qui conduisent sous l’influence de la drogue.

Les partenariats comme ceux-ci s’apparentent à ceux que MADD Canada a déjà avec les commissions des alcools provinciales qui mènent des campagnes de responsabilité sociale en vertu de leur mandat.

Le critère principal sur lequel reposent ces collaborations est toujours l’engagement et l’insistance sur les principes de la responsabilité sociale et les résultats.