Le Devoir
6 juin 2014

La vente d’alcool jusqu’à 5 h 30 dans certains bars du centre-ville de Montréal causera-t-elle plus de torts que de bien ? La Ville de Montréal a promis jeudi à la Régie des alcools, des courses et des jeux que le projet-pilote fera l’objet d’un suivi étroit et que la surveillance policière sera accrue. Malgré ces précautions, le projet suscite des inquiétudes.

Séduit par l’événement Nuit blanche, Denis Coderre avait lancé l’idée, en mars dernier, de permettre l’ouverture prolongée de certains bars du centre-ville jusqu’à 6 h du matin dans le cadre d’un projet-pilote. Il plaidait que le caractère festif de Montréal serait valorisé et que ce projet pourrait réduire les situations conflictuelles à la sortie des bars.

Le projet-pilote, qui permettrait à 19 bars des rues Crescent et Saint-Denis de servir de l’alcool jusqu’à 5 h 30 du matin pendant quatre fins de semaine cet été, doit toutefois recevoir l’assentiment de la Régie des alcools. Comme le projet est contesté, la Régie a commencé à entendre, jeudi, les témoignages de partisans et d’opposants au projet.

Haut fonctionnaire au Service du développement économique de la Ville de Montréal, Michel Valade a expliqué aux régisseurs que la Ville suivrait de près le déroulement de l’expérience et recueillerait des données concernant les plaintes de bruit, les interventions policières et ambulancières au cours des fins de semaine visées.

Mesurer le bruit

La Ville installera aussi des sonomètres sur des lampadaires des rues Saint-Denis et Crescent afin de mesurer le niveau de bruit sur ces artères, a indiqué Marthe Boucher, chef de division permis et inspections à l’arrondissement de Ville-Marie. Deux techniciens patrouilleront aussi dans les rues résidentielles du Quartier Latin entre 3 h et 6 h du matin.

Les policiers seront plus nombreux et exerceront une surveillance étroite autour des bars jusqu’à 6 h, a pour sa part assuré Gilles Bouchard, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Les autorités policières possèdent des dossiers pour chacun des 19 bars et aucun d’eux ne présente de problème majeur, a-t-il affirmé.

S’ils sont enthousiastes, les tenanciers de bars avouent que le projet-pilote comporte une part d’inconnu. Directrice générale du pub Winston Churchill de la rue Crescent, Jane Wilson espère que l’ouverture prolongée de son bar sera bonne pour les affaires.

La prolongation des activités nocturnes apportera un dynamisme à la rue, avance de son côté le propriétaire du pub L’île Noire de la rue Saint-Denis. « Pour moi, c’est quelque chose qui peut rehausser le branding de Montréal », a dit Michel Lavallée aux commissaires. Mais selon lui, l’ouverture prolongée des bars n’est pas souhaitable durant toute l’année.

Marie-Claude Morin, de l’organisme Mères contre l’alcool au volant (MADD), n’est pas rassurée et elle entend faire part de ses préoccupations à la Régie vendredi matin. Selon elle, ce sont des clients encore plus ivres qui sortiront des bars le matin pour prendre la route, malgré les précautions prises par les tenanciers.

« Ce qu’on sait de l’expérience internationale, c’est que chaque fois qu’on augmente l’accessibilité à l’alcool, on augmente de façon significative les dangers qui sont associés à la consommation d’alcool », dit-elle en évoquant le cas du Royaume-Uni qui a autorisé la vente d’alcool 24 heures sur 24 en 2005.

De son côté, la conseillère de Projet Montréal Christine Gosselin estime que la Ville fait preuve d’improvisation dans ce dossier. L’ouverture prolongée des bars augmentera les actes de violence, comme l’ont démontré les expériences menées à l’étranger, soutient-elle.