L’Information du Nord Sainte-Agathe
Le 31 janvier 2017

Depuis une dizaine d’années, environ le tiers des personnes condamnées pour conduite avec les facultés affaiblies ins­tallent un anti­démarreur éthylométrique sur leur véhicule afin de retourner sur la route plus rapidement, révèlent des données de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Depuis 2007, il est possible de faire une demande de permis restreint après la période d’interdiction totale de conduire suivant une condamnation pour alcool au volant. Cette période est d’un minimum de trois mois à la première infraction, de six mois à la seconde, et d’un an par la suite.

Ce permis permet de retourner sur la route avant la fin complète de la sanction imposée par un juge, moyennant l’installation d’un ivressomètre dans la voiture.

Selon des chiffres obtenus par TC Media en vertu de la Loi d’accès à l’information, 44 911 de ces permis ont été délivrés de 2007 à 2015. «Aucune demande n’est refusée, précise la SAAQ. Toutefois, certains conducteurs peuvent être non admissibles si leur dossier de conduite comprend une autre sanction, en plus de celle pour alcool au volant.»

En moyenne, le nombre de permis restreints émis équivaut à environ le tiers du nombre de sanctions pour alcool au volant (voir graphique). «Comparer ces deux statistiques peut donner une idée de la proportion d’adhérents, mais il y a une bonne marge d’erreur, parce qu’il y a des gens qui déménagent dans une autre province, qui décèdent ou qui n’avaient même pas de permis au départ», nuance le responsable du programme d’antidémarreurs éthylométriques à la SAAQ, Martin Dussault. Il ajoute que la SAAQ ne fait pas de suivi pour connaître la proportion de personnes condamnées qui obtiennent un permis restreint.

La lutte demeure difficile

Bien que le nombre de permis restreints émis augmente, la lutte contre l’alcool au volant demeure ardue, constate la SAAQ. «Ça nous rassure de voir que des gens adhèrent au programme d’une façon volontaire; ça sécurise le réseau routier, indique M. Dussault. Mais si on regarde le nombre de personnes arrêtées pour conduite avec facultés affaiblies durant le temps des Fêtes, on constate que le message sur l’alcool au volant ne passe pas.»

Toutefois, selon M. Dussault, plusieurs facteurs, autres que le fait qu’il y ait plus de contrevenants, peuvent expliquer l’augmentation du nombre de permis restreints. «Il y a eu un lot de personnes qui contestaient le résultat de l’ivressomètre avec l’excuse d’avoir consommé seulement deux bières et qui étaient en mesure de s’en tirer dans le passé, donne-t-il en exemple. Maintenant, ce n’est plus la même réalité.» Il ajoute que les magistrats sont désormais plus sensibles au programme d’antidémarreurs et en excluent moins de gens qu’auparavant.

L’organisme Les mères contre l’alcool au volant (MADD Canada) croit que les antidémarreurs sont le «meilleur outil» pour combattre l’alcool au volant. «Non seulement pour éviter la récidive, mais également pour aider les conducteurs à risque à faire la différence entre conduire et consommer, indique la responsable des services de MADD au Québec, Marie Claude Morin. Ils sont également grandement préférables à l’autre option, c’est-à-dire à ce que des contrevenants conduisent sans permis, et bien souvent, sans assurances.»

Selon des statistiques publiées récemment par la SAAQ, le nombre d’infractions liées à l’alcool est relativement stable depuis 10 ans, tournant autour de 13 000 par année. «Les accidents dont le facteur contributif est l’alcool diminuent, mais à un rythme moins rapide que les autres infractions», souligne la relationniste auprès des médias de la SAAQ, Audrey Chaput.

100$

En plus des frais d’installation de 160$ et de retrait de 50$, il en coûte 100$ par mois pour louer l’antidémarreur éthylométrique.